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Daguerrotype
- Interview de B. autour de Memories of Retrocity
Culture - Daguerrotype
Écrit par Oriane G.   

A quelques jours de recevoir Memories of Retrocity dans nos boîtes aux lettres... alors que l'on vit nos derniers points de suspension en apnée (dans nos scaphandres?)... voici quelques points d'interrogation posés à Sir Bastien. Un dernier teasing, histoire d'être encore plus impatients !


1- Pourquoi avoir placé ton héros dans une société qui ressemble étrangement à la nôtre?

Il ne s'agit pas d'une SF qui fait rêver ou voyager ... mais plutôt d'une métaphore, qui vient nous confronter aux penchants de notre système. Memories of Retrocity est d'avantage pour moi un écrit réaliste métaphorique, si je puis dire. L'imaginaire est ici stimulé, mais pas à des fins « échappatoires », bien au contraire. Je parlerais plutôt de « confrontation » à une version « amplifiée » de notre monde. Une version qui stigmatise.
En arrivant à Retrocity, William est comme un nouveau-né qui découvre pour la première fois les tares de ce monde. Tout est poussé a l'extrême. Le point de non-retour est franchi depuis longtemps, et les gens continuent à y trouver leur compte. Dans ce contexte d'acceptation latente, il se heurte. Tente de ne pas sombrer. Individu de l'extérieur projeté dans la ville, il est le seul à voir le recul, la distance nécessaires. Il voit ce que plus personne ne perçoit. Et il se retrouve face à ce choix : la folie émanente de l'inadéquation avec le monde dans lequel il est forcé de vivre, ou bien l'acceptation et la chute.

2- En quoi exactement ton œuvre n'est-elle pas steampunk?

Je définirais le steampunk comme une projection uchronique dans un passe sublimé. Une reprise de l'ère de la vapeur, de l'époque victorienne. Le moment où apparaissent les bases de notre civilisation moderne, réécrite comme si ce virage se passait différemment, en y trouvant une certaine beauté.
Si l'esprit Steampunk est à mon sens très positif, Retrocity parle au contraire de l'échec. Envisage ce en quoi cette modernité influe sur l'individu et le mène à sa perte. Loin d'être moraliste, c'est juste un sujet dont je parle. Je vois moi-même une certaine poésie dans cette décadence.
Pour prendre la question dans l'autre sens, le point commun entre Retrocity et le steampunk, c'est ce questionnement sur la modernité, mais la réponse est profondément différente !

3- Quelle est la signification du monocle qu'arborent tes personnages?

Tout d'abord il s'agit d'un stigmate récurent, simple et visible. La marque que Retrocity encrée dans la face de ses citoyens. Cet œil, c'est le filtre à travers lequel les rétrocitoyens voient le monde. La vision mécanique de leur réalité. La perception elle-même pervertie.
Au delà de ça, il s'agit d'une mise en abîme de mon propre travail. Les prothèses mécaniques sont en effet des objectifs d'anciens appareils photo, que je photographie et insère dans mes images.
Et puis j'aime l'idée que tout cela suggère, le fait que chaque citoyen devienne consciemment une camera de surveillance ambulante, espionnant la vie des autres, de leur propre entourage...

4- Comment la ville de Retrocity peut-elle en même temps repousser et attirer?

A bien y regarder il n'y a pas vraiment de positif dans tout ce marasme … une ville close, malade, à l'avenir incertain et probablement sinistre. Je ne sais pas... C'est probablement ce contexte si sombre qui rend les petites touches de lumières bien plus merveilleuses que de coutume. Comme des lucioles dans une nuit d'encre.
C'est une question que j'aimerais retourner aux personnes qui apprécient mon travail !

5- As-tu déjà pensé à une suite de Memories of Retrocity ou comptes-tu changer radicalement de cap?

La suite a déjà été prévue. Je dirais même qu'elle a été écrite avant ce premier opus, qui est une présentation de la ville, une invitation. Je connais déjà la suite, et je commence doucement à rédiger les textes !
Je ne compte absolument pas changer de cap. J'ai tellement à dire, et la construction de cet univers n'en est qu'à sa première étincelle.
Je commence aussi à travailler sur l'Atlas, la Retro-encyclopédie de la ville. Qui sera probablement consultable online dans son intégralité. Et encore bien d'autres choses !

6- Avec quoi ferais-tu fusionner Paris Hilton? Et H. R. Giger?

Hum … bonne question ! Évidemment, je serais tenté de te répondre « Avec son string, son dildo en diamant, sa voiture de luxe... ». Mais le Retroprocessus est beaucoup plus vicieux que cela, il touche à la part intime et inconsciente de la personnalité. Aux choses enfouies, aux objets qui sont en lien avec de vrais chocs émotionnels, constitutifs de la construction de la personnalité de l'individu malade. A bien y réfléchir, Paris Hilton est un cas très particulier ! Peut-être une coquille vide ! Et puis, n'a-t-elle pas déjà fusionnée avec Mr. Slave ?
Dans le cas de Giger, hormis le fait qu'il semble avoir depuis longtemps entamé une fusion avec son fauteuil de cuir, je le verrais bien opérer une fusion globale avec l'un de ses décors. Une sorte de fonte avec son propre ego, avec les créations qu'il a produites toute sa vie. C'est, en tout cas, tout ce que je lui souhaite !

7- Maintenant que tu vis aux États-Unis, ne regrettes-tu pas la Tour Eiffel et la station de métro Arts et Métiers?

Mon départ aux US ne signifie pas pour moi un abandon des lieux qui me sont si chers. Bien au contraire ! C'est plutôt une ouverture vers autre chose, une autre architecture qui est pour moi encore plus essentielle et inspirante dans mon travail. Retrocity est définitivement une ville américaine !
Mais je sais que lorsque j'en sens le besoin, je peux toujours prendre l'avion pour venir marcher encore dans les quartiers qui ont bercé mon enfance: le pont Alexandre III, la promenade sur les quais, la rue de l'Université jusqu'au Champ de Mars, et la majestueuse Reine de Fer.

Memories of Retrocity
Editions du Riez
ISBN : 978 - 2 - 918719 - 14 - 4

 
- B Memories of Retrocity
Culture - Daguerrotype
Écrit par Oriane G.   

 

Illustrations de B.

French Steampunk vous présente aujourd'hui le travail de B. et l'univers de Retrocity.

Ce qui surprend d'emblée dans l'univers de B. et de la Corporation qu'il a créée, c'est la fusion (et non pas la naturelle dichotomie) entre la chair et la matière. Alors qu'ils devraient se heurter, se blesser, les corps et les objets ne font plus qu'un. L'humain n'influe plus. Tombé de son pied piédestal, il s'est terré, invisible, cerné de matière sans vie devenue omniprésente, omnipotente. La technologie s'est développée à un tel point qu'elle en étouffe l'organique. Pour preuves, l'atmosphère à effet de serres, la fumée brouillard, l'horizon vertical des buildings, les rails qui tournent comme en rond, qui semblent voués à foncer dans le mur, des circuits qui mènent inlassablement à la claustrophobie. La fourmilière de la Cité et ses sucs, les tours dressées telles une trachée, un œsophage qui suffoque, un relent qui monte et descend. Sa société avale ou rejette, elle digère toujours. Du cannibalisme urbain.

Corporation Tower par B.Dans les contrées de B., l'humain croit qu'il peut encore se sauver... Or parce qu'ils sont les plus anodins, les plus familiers, les objets sont exactement les armes qui se retournent contre leur maître. Les plus cruelles, les plus efficaces. Le héros de Memories of Retrocity, dépendant d'un objet des plus archaïques, des plus démodés, mais des plus utiles pour lui, se retrouve malgré lui au rang d'innovation cybernétique. L'humain a atteint son comble de mutisme pendant que les objets, le désincarné, lui volent la faculté de maîtriser son destin. On est son plus grand ennemi, la menace provient de notre intérieur, de nos frustrations et désirs refoulés, nos obsessions virent au cauchemar. Fusionner avec son objet fétiche, son outil de prédilection, c'est l'addiction malgré soi, l'attraction dans toute son horreur. Le néfaste de l'affect.

Alors que la population subit ce rétro-processus technologique, clinique, robotique, le traitement des couleurs est à l'inverse. La machine, le métal, sont cramoisis, couleur sang ou miel, leur rouille est chaude. Le cordon reste ombilical. Quand simultanément, les personnages apparaissent blafards, vulnérables, ectoplasmiques, bleutés par la mort menaçante. Des citoyens perce une lueur mono dirigée, un rayon jaillit de l'œil devenu monocle ultra perfectionné, dans lequel les lecteurs, s'évertuent à encore y trouver de la chaleur.
La maîtrise de la lumière dans les œuvres de B., se produit en douche de scène. Comme une étoile dans son solo de mise à mort. La scène, le théâtre des opérations, le huis-clos du dévorement où l'être humain n'est même pas mâché, les cellules d'appartement dont les murs se rapprochent, les murs dressés de la cité, tout concourt à l'impartial. L'humain croit diriger alors qu'il est digéré.

Dans notre culture occidentale, les tableaux sont des fenêtres ouvertes sur le monde. B., lui, offre des fenêtres qui se ferment sur elles-mêmes. Ce n'est pas le tableau qui s'ouvre sur le monde, mais notre regard qui est happé dans ce tube en huis-clos. Ainsi, B. affirme lui-même révéler «les sombres penchants d'une société malade». Posséder un objet certes, mais se trouver possédé de manière encore plus affamée par lui ! Ce qu'il signifie, c'est que nous ne serons jamais capables d'imiter leur implication. L'hermétique barrière chair/ objet, Stark et Giger l'ont déjà ébranlée. Mais pas dans ce contexte de société entière, mangeuse d'hommes.

Forges par B.Le steampunk travaille toujours à modifier le mobilier, les vêtements, les moyens de locomotion. C'est l'être humain qui interfère, qui influe sur la matière. Dans sa définition, il propose en effet une rétro-découverte dévouée à l'humanité. Dans un cadre de fin XIXe, les citoyens s'extasient de créations technologiques qui font avancer la société; on les regarde, on les crée aujourd'hui afin de les regarder d'un œil amusé ou nostalgique, on leur confère un pouvoir merveilleux. Il s'agit majoritairement d'une «très forte dépense d'énergie pour un rendement mécanique faible». La magie et le charme retrouvés des balbutiements. La vapeur révolutionnaire, le steampunk, offre l'humidité et la chaleur aux machines, il leur donne un semblant de vie. L'avancée humaine y a pour esclaves les machines, une énergie leur est transfusée, on leur infiltre de l'eau, du feu, du charbon, pour les mouvoir, on accorde notre souffle vital, on le calque, en accord avec notre respiration, au cœur d'un nouveau bolide. Le but est le rendement, aller plus loin, plus haut. L'homme est divin, il reste le maître.

Là où réside la force de B., c'est de faire muter l'humain, malgré toute sa volonté, il s'altère par le biais de la machine, il s'acharne, s'évertue à combattre l'arrivée de l'inertie. C'est une énergie humaine vitale qui faiblit, faiblit, sous l'essor invulnérable de la machine. Il accorde à la matière sans âme une marche meurtrière qui ne nous fait plus sourire, il nous immerge dans un processus où l'évolution de la société n'est pas faite pour nous assister. Bien au contraire, elle nous enterre, nous étouffe depuis nos propres entrailles, elle s'insinue en virus mortel. Dans chaque fluide corporel, chacun de nos os, dans chaque nerf, s'immisce l'injection létale, la mise lente à néant. L'huile, l'encre, l'électricité, sont notre nouveau sang, notre nouvelle sève, nos diaphragmes deviennent des respirateurs artificiels.
Plus qu'apocalyptique, plus que rétro-futuriste, son univers est fataliste. Scellé. L'immortalité n'est plus là façonnée pour servir l'humain, mais pour l'asservir.

C'est la machine, l'objet désincarné, la cité entière, qui ne respire pas, qui nous pénètre et nous rende inertes. Au lieu de s'étendre vers les cieux, la société de B. croule sous son propre poids, jusque dans les sous-sols, un trop plein d'excréments au cœur duquel se volatilise l'âme humaine. B. crucifie l' être divin, il le place, le cloue désemparé par le non futur, une seconde vie remplace le fantôme de corps, comme une taxidermie. Transparent, l'être humain est désacralisé.
De ses propres mots, «Là ou le steampunk présente de la vapeur sortant des machines et des usines, chez moi il s'agit de fumées de cigarettes, sortant des corps de ceux qui défient la mort en risquant le cancer ... car la vie n'a peut être plus tant de valeur dans ce monde. Les humains de Retrocity fument autant que les cheminées de la ville !»

En se servant des mêmes rouages du steampunk, B. change radicalement les lois de la nature, il modifie l'ordre établi avec toute l'ironie que lui offre la connaissance des règles du genre. Une parfaite maîtrise de joker.

 

Madame Pluie par B.

Bio

Bastien Lecouffe Deharme, alias " B. "

Mettre ses textes en images ? Raconter ses illustrations ? Pour Bastien Lecouffe Deharme, alias « B. », l'écriture et les images ne vont pas l'un sans l'autre. C'est ainsi qu'il a bâtit Retrocity, puisant dans ses références encrées depuis l'enfance: les classiques de la Science-Fiction, mêlés d’une bonne dose de Romans Noirs, de cinéma et de musique.
Dessinateur, peintre et photographe , il utilise l'outil digital pour mixer ces différentes techniques. Il aime utiliser la photographie pour « prélever » des éléments de notre réalité, pour les faire basculer dans une autre. Retrocity, la ville de son roman-graphique, est construite avec des morceaux de réel.
Parallèlement, il réalise des couvertures de romans, chez Gallimard, Pocket, Fleuve Noir (et de nombreux autres), pour des auteurs tels que Chuck Palahniuk, Franck Herbert, H.P.Lovecraft, Theodore Sturgeon, Robin Hobb, Mélanie Fazi …
Au delà de son activité d'illustrateur, il réalise de nombreuses pièces destinées à l'exposition, et prend parfois le rôle de directeur artistique. Notamment pour des évènements tels que les expositions Venus Robotica et Phantasms au Cabinet des Curieux (Paris), en association avec Thierry Ruby.
Bastien Lecouffe Deharme est âgé de 29 ans et vit désormais aux États-Unis.

Memoirs of Retrocity CouvertureMemories of Retrocity est disponible à la réservation sur www.retroprocessus.com et en librairie le 15 Mars 2011

Site de B.

Les Editions du Riez

 
- Les Historiettes de Maurice Sandalette
Culture - Daguerrotype
Écrit par Mistermorg   

 

Maurice Sandalette

Honte à vous si ne connaissez pas Maurice Sandalette !

Les aventures du seul vrai (super)héros français sont brillamment relatées et mises en espace par ses deux chroniqueurs officiels : anXiogene, chargée de la conservation et la restauration des daguerréotypes, et Futuravapeur, metteur en scène et manufacturier des gadgets de ce fier représentant de la Normandie dans le Monde.

A ce jour, déjà 5 épisodes des Historiettes. Ces petits romans-daguerréotypes en 3 pages relatent les aventures rocambolesques et cocasses de Maurice Sandalette et de sa charmante assistante Miss Dolly Prann.

Mais trêves de billevesées. Empoignez le mulot de votre machine à différences et admirez le tout nouvel espace aethernet dédié à ces fabuleuses et facétieuses friandises normandes.

 
- Sam Van Olffen, Graphique Sampling
Culture - Daguerrotype
Écrit par Mistermorg   

Amsterdamned

Quel meilleur artiste que Sam Van Olffen pour lancer cette catégorie daguérrotype !
Celui qui se définit lui même comme un sampler graphique nous offre des montages post-apocalyptiques et pour certains clairement steampunks.

Un sentiment d'oppression se dégage de son œuvre, tant par les sujets, les grands dictateurs semblant être matière à inspiration pour cet artiste montpellierain, tout comme l'état policier, que par le traitement. L'utilisation de l'architecture, par exemple, qui devient un personnage à part entière, tantôt majestueux, tantôt terrifiant, ou encore la vapeur et la fumée qui occultent ou dévoilent de gigantesques machines aux protubérantes mécaniques.


Chapelier FouL'esthétique steampunk apporte beaucoup à l'impression de désolation qui se lit dans son travail. Les implants, les exosquelettes à vapeur ou ses personnages cachés pour leur survie sous de lourds masques à gaz.
Et pourtant, malgré cette vision d'un monde désespéré et violent, une lueur d'espoir semble percer les brumes de ses compositions.
La vie quotidienne suit son cours, les "nannies" continuent à promener les enfants et les amoureux à boire le thé.

Trop peu reconnu par le monde de l'art français, Sam Van Olffen a été accueilli par le Bifff cette année en prévision d'expositions sur le sol national.

Le site de l'artiste