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- Stéphane Halleux
Culture - Sculpture
Écrit par Oriane G   

halleux batman returns

Entre futurisme et nostalgie, les créations de Stéphane Halleux sont de jour en jour plus attendues. Tim Johson, réalisateur chez Dreamworks, Lee Unkrich, réalisateur chez Pixar, ou encore Guy Laliberté, patron du Cirque du Soleil, en possèdent déjà une. Il enchaîne les expositions et les projets. (dont le court-métrage «Monsieur Hublot»), On dit souvent de son travail qu'il côtoie l'univers de Tim Burton, de Star Wars et du 5ème élément (en le découvrant, j'ai plutôt pensé à Mary et Max, férue d'animation que je suis). Mais pourquoi un tel engouement?

halleux batman beginsPeut-être parce que dans un cadre steampunk, extirper autant de douceur d'objets rouillés, accorder une telle tendresse aux objets abandonnés, désuets et hors-circuits, est chose rare. Stéphane Halleux héberge, hiberne, déniche, niche des pièces de dépôt-vente, avant de leur trouver un rôle à leur mesure. D'une main de velours, il transforme le métal, le cuivre, le cuir, il désosse, polit, arrondit parfois. Affirme, en tous cas. Que l'attention suffit à redonner vie aux pièces les plus abîmées. La passion et la patience... Dans une optique d'industrialisation, il voyage avec minutie, jamais en minuterie effrénée. Il semble libérer, alléger les tensions et les nœuds des débris de toute société. Il désamorce les nerfs, la charge affective de nos déchets. Stéphane Halleux fait objet de filtre, il nous déleste. Tel un Geppetto ou l'inventeur d'Edouard aux mains d'argent, il façonne ses créations de A à Z. De ses dires: «A part les coutures, j'imagine mal ce que je pourrais confier à quelqu'un d'autre (et encore, je suis assez maniaque, j'aime qu'elles soient d'une irrégularité irréprochable)».
Ainsi, on s'attendrit sur ses sculptures comme on fondrait devant des êtres tout juste nés, leur fausse maladresse nous parle, on se reconnaît dans leur nature trébuchante mais prometteuse. On les aime justement parcequ'elles sont gauches. Comme si l'homme venait de découvrir le moteur. Les balbutiements du progrès technique sont cristallisés, magnifiés, savourés. Une impatience toute enfantine et maladroite (comme son chien lourd de tôle).

Halleux BoulitteLes machines, massives, semblent étonnement protéger l'humain, elles l'enveloppent, le prennent sous leurs ailes, lui laissent une place d'honneur, de l'oxygène. Quant aux héros de la pièce, innocents et vulnérables, ils semblent catapultés, arnachés, pressés, sur leur siège vrombissant, du privilège d'être au sein de la première avancée technique. Machines et corps s'assistent. En témoignent les superbes lunettes volumineuses, ces jumelles à triple foyer qui sont une signature de l'artiste. Elles ne sont ni un bouclier, ni une volonté de cacher les yeux pour mettre l'accent sur le reste du corps. Non, elles se présentent juste comme une amélioration, même entravante, des capacités.
Presque fastidieux, les véhicules pédalent, s'excitent, s'envolent comme de vieux coucous, leur pétarade tonitruante et fière est nostalgiquement sonore.

Cette brèche espace-temps nous engouffre, légère, régénérante, presque virginale. Un ère de l'industrialisation, du temps où il était encore temps.
Grâce à Stéphane Halleux, on se replonge délicieusement dans les premières courses filmées de cyclisme, dans les premiers lâchers de ballons ou de montgolfières.

La sculpture d'une ère effrénée mais pas encore dévastatrice.
Voilà la raison de ce coup de cœur, un savant mélange de candeur et de technique.

halleux doctor devil in a chairEn savoir plus :